Petit ! Petat ! : « Il faut être vigilant aux attentes des enfants »

Petit ! Petat ! Pour les petits et les grands qui les accompagnent : poésie des corps et des musiques devant un jeune public fasciné et des adultes enchantés. C’était à la salle des fêtes du Saint (56), au petit matin du lundi 6 mars, alors que dehors soufflait encore la tempête.

Le duo Petit! Petat ! composé de Thierry Laffont et Virginie Basset, nous a laissé entrevoir les coulisses de sa magie. Entretien.

 

Pourquoi avez-vous décidé de faire des spectacles pour jeune public ?

Thierry Lafont – Par choix, parce que ce public est assez exigeant, et qu’il n’a pas de code artistique, ce qui nous permet d’aller là où on veut dans nos obsessions artistiques. Aller au bout de sa démarche est assez passionnant.

Virginie Basset – En complément, je pourrais rajouter qu’on est souvent, pour le jeune public, sur de petites jauges et de petites formes dans le temps, ce qui nous permet un terrain d’exploration peut-être plus audacieux que quand on prépare une heure et quart de spectacle en frontal, dans une grande salle, face à des adultes.

 

Quelle est la particularité de ce public ?

T.L. – C’est vraiment un public qui n’a pas de code. Le jeune public reçoit très clairement physiquement un spectacle de danse. C’est à dire que les corps s’agitent : des enfants parlent, d’autres se lèvent, certains applaudissent quand ils ont envie d’applaudir, d’autres encore commentent, ce qui est plutôt intéressant pour moi, qui essaie de ne pas avoir un imaginaire fermé. Les enfants me renvoient ce à quoi le spectacle les fait penser, ce qui me permet de voir où ils en sont de leur expérience de vie et ce qui, pour eux, fait signe et sens. Cela m’intéresse et on n’a pas forcément ce genre de réaction avec le tout public, public silencieux par excellence.

V.B. – Je dirais, en complément, que ce public nous oblige à être complètement juste, à avoir une présence pleine et entière au plateau. Lorsque ce n’est pas le cas, les jeunes enfants s’en aperçoivent très rapidement et là, on perd leur attention, et ça peut devenir du grand n’importe quoi…

 

Que souhaitez-vous transmettre aux enfants ? Et éventuellement, aux adultes qui les accompagnent ?

V.B. – Oh, des découvertes, des expériences, du rêve, quelque chose autour de la poésie,… à s’approprier individuellement.

T.L. – Moi, rien ! Je ne veux rien transmettre en spectacle. Je fais un spectacle avec éventuellement mes questions, mais je ne veux rien transmettre. Il n’y a rien à comprendre; il y a juste à prendre, à vivre, à aimer, ne pas aimer…

V.B. – Moi, je suis sur la transmission de l’envie de l’expérience, de l’envie de la découverte,… ce genre de choses.

 

Ne faites-vous que des spectacles jeune public ?

T.L. – En ce qui me concerne, oui. Et je ne suis pas sûr de revenir au tout public, a priori la liberté que j’ai trouvée avec le très jeune public va être très dure à perdre. Et le jeune public, c’est aussi du tout public puisque un petit entre 0 et 3 ans ne vient jamais seul au spectacle, on est donc sur du tout public, un partage d’adulte à enfant. Alors, me retrouver qu’avec des adultes…

V.B. – Je suis musicienne, je participe également à des concerts qui sont plus pour le tout public, des programmations en soirée, d’autres types d’horaires, d’autres types de propositions.

 

Quelle est votre formation musicale ? Avez-vous suivi une formation particulière « jeune public » ?

V.B. – Petite, je suis passée par l’école de musique et le conservatoire, ensuite vingt ans de pratique artistique dans différentes compagnies. J’ai aussi suivi une formation particulière jeune public : pas labellisée en tant que telle, mais de nombreuses rencontres, lectures, documentation et du travail avec des professionnels de la petite enfance, éducateurs de jeunes enfants pour arriver à connaître un petit peu les moteurs qui animent les jeunes enfants.

T.L. – Moi, je ne suis pas musicien, donc je peux ne pas répondre à la question… Non, je n’ai pas de formation jeune public. En tant que danseur, on est obligé d’avoir certains diplômes, dits pédagogiques, pour accompagner les enfants au plus juste du corps. Après, c’est le terrain, les expériences. J’ai été confronté très, très tôt, au jeune public puisque j’ai commencé à travailler dans une compagnie jeune public, je me suis donc très vite trouvé en relation avec ce public-là.

 

Le spectacle Petit ! Petat ! s’inspire de l’album jeunesse « La chasse à l’ours », de Rosen et Oxenbury. Comment et pourquoi le choix de cette œuvre s’est-il imposé ?

T.L. – En fait, il s’agissait d’une commande. Un relais d’assistantes maternelles m’a demandé de travailler autour de cet album pour des ateliers avec des enfants. Le champ d’exploration autour de ce livre s’est révélé tellement vaste que j’ai eu envie d’aller plus loin, d’aller jusqu’au spectacle. J’ai alors demandé à Virginie de participer à cette aventure que je voulais aussi musicale.

Votre spectacle associe des « musiques jouées en direct » à des « musiques diffusées via bande son ». Quel est l’intérêt de ce procédé ?

V.B. – Quand Thierry m’a demandé de travailler avec lui sur ce projet, on a compris assez rapidement qu’il n’allait pas y avoir un danseur et une musicienne, mais qu’on allait essayer d’entremêler musique et danse en… possiblement…, s’échangeant les rôles. Je me suis trouvée assez vite à danser au plateau. Or je ne pouvais pas jouer de la musique et danser tout le temps. J’ai donc enregistré des bandes avec de la musique qui, parfois, réapparaît au plateau. Cela permet d’une part de pouvoir multiplier les portes d’entrée et, d’autre part, d’avoir un univers sonore cohérent et évolutif, du début jusqu’à la fin du spectacle.

T.L. – Pour moi, c’était très clair que si je prenais quelqu’un comme Virginie en musique, ce n’était absolument pas pour la poser sur une chaise et qu’elle fasse du violon pour accompagner la danse. J’aime trop le son et j’aime trop les gens. Mais j’ai été très très libre. La place qui a été prise par Virginie est la place qu’elle a choisie de prendre. Ce que j’aime en travaillant avec d’autres personnes qui ne viennent pas du champ de la danse : a priori, ils ne sont pas faits pour la danse et ne veulent pas danser et, au fur et à mesure, ils trouvent leur propre place. J’aime aussi la relation de deux corps qui viennent de champs différents : je suis un corps de danseur, Virginie n’a pas un corps de danseur et c’est intéressant de pouvoir comparer un corps qui est marqué par la danse et un corps qui ne l’est pas.

 

Comment le travail sur un tel spectacle s’organise-t-il ? La chorégraphie vient-elle se superposer à la musique ou bien peut-elle l’influencer ?

T.L. – C’est un travail qui se fait tout le temps ensemble, c’est vrai qu’il n’y a pas eu de musique avant la danse et qu’il y a eu peu de danse avant la musique. Pourtant, tout s’est construit ensemble. C’est deux ans et demi de projet, de travail, de réflexion, d’essais. Le temps de réalisation du spectacle, un an, un an et demi où on a travaillé musique et danse, et confronté les deux. Souvent, j’entendais des sons qui me permettaient de faire progresser la danse, parfois la danse permettait à Virginie de lancer un univers musical. Même une fois le spectacle fini, on a retransformé un petit peu le son, les durées, les temporalités.

V.B. – On fabrique les deux à la fois… et on fabrique beaucoup plus que ce qui reste au plateau, c’est à dire qu’il y a beaucoup de déchets, si je peux m’exprimer ainsi : on a fabriqué quelques heures de spectacle pour n’en garder que quarante-cinq minutes.

 

Comment vous sentez-vous avant un spectacle ?

T.L. – Bien… Le plus tranquille possible. C’est une obligation. Moi, personnellement, je refuse d’être en état de trac, donc je me prépare à ne pas avoir d’angoisse. C’est une chose que je n’ai pas à offrir au public, surtout pas aux enfants. On est à l’accueil du plateau, les enfants nous repèrent avant le spectacle, on vient les chercher, on les emmène s’asseoir. Je suis contre « l’apparition » de l’artiste avec les tout-petits, c’est déjà assez violent de nous voir sur le plateau parce qu’on se transforme entre le moment où on les accueille et le moment où on danse, on n’est plus les mêmes et moi, j’aime bien accompagner ce petit temps-là…Et, après le spectacle, je suis souvent assez joyeux de ce qui s’est passé. Je fais très attention à recevoir les commentaires des enfants et à voir les enfants, je peux aller voir un enfant parce que, à un moment donné, je me suis rendu compte qu’il s’est passé quelque chose de très, très fort, donc aller l’approcher. Joyeux et disponible après le spectacle, et surtout être disponible à tout ce qui peut arriver : un enfant qui veut venir dans mes bras, un enfant qui veut que je l’approche, mais il n’ose pas le demander… Il faut être très vigilant aux attentes des enfants, il ne faut pas décevoir après le spectacle non plus.

V.B. – Moi, je suis très heureuse de jouer, et je crois que le jour où je ne serai plus heureuse de jouer, j’arrêterai de faire ce métier. Mais il y a peut-être une qualité de relation assez exceptionnelle avec les jeunes enfants avant, pendant, et après le spectacle. C’est peut-être ce qui me rend heureuse, alors j’essaie d’en profiter au maximum et de transmettre, enfin transmettre, n’est peut-être pas le bon mot mais de partager un moment qui soit dans le plaisir.

 

Propos recueilli par Lola Le Briand, Marie Fall Gwenaëlle Feret Luna Vanier et Ewan Riou, le 6 mars 2017 à Le Saint
Photographies d’Eric Legret

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