Charkha : «  abandonner un peu la raison pour que le corps prenne la suite. »

Cinq musiciens : une chanteuse, un batteur, un flûtiste, un saxophoniste, un contrebassiste et un oudiste, des textes en breton engagés dans le monde et dans la vie, une musique nourrie de jazz et de traditions, une musique calme qui captive et hypnotise, une musique qui fait remuer les corps autant que les méninges.

Le groupe Charkha était en concert à Kergrist-Moëlou, le samedi 21 janvier. Quelques minutes avant le concert, Gurvant Le Gac, compositeur et flûtiste, répondait à nos questions.

 

D’où vient le nom « Charkha » ?

Charkha veut dire rouet en hindi, une langue indienne. C’est aussi le symbole de la révolution gandhienne. Gandhi est celui qui a permis la décolonisation de l’Inde grâce à un mouvement non violent. Il avait incité à tisser la toile de manière traditionnelle plutôt que d’importer des toiles d’Angleterre.

 

Pourquoi chantez-vous en breton ?

C’est la langue du pays où je vis. C’est une langue que j’aime, que mes enfants parlent et que je parle un peu.

 

De quoi parlent vos chansons ?

Ce sont des textes de grands poètes francophones. Ils peuvent parler de notre rapport à notre environnement, de libération, de décolonisation… Par exemple, ce texte, très poétique, de Juan Lo Rebèca, écrit dans les années 1870-1871, je crois, pendant la Commune marseillaise, parle des conditions de travail à une époque où la Sécurité sociale, le système de retraite, voire le code du travail n’existaient pas en France. Un autre poème, « Christ », de Léon Felipe, a été retrouvé sur le Che, à sa mort, c’est un texte magnifique. Enfin, bref, ils ont tous un côté…, comment dire ? « Nécessité de la poésie pour pouvoir vivre… ? » Je ne sais pas si c’est très clair… J’ai aussi écrit un texte à propos du combat mené par chez moi et un peu partout dans le Centre Bretagne, contre l’exploration minière. Je voulais rendre hommage à tous les militants et sympathisants des collectifs, comme Douar didoull, qui luttent contre la multinationale Variscan.

 

D’après vous, qu’est-ce qui relie la musique et la poésie ?

Vaste question… Le rythme, je pense, le rythme du verbe et le rythme de la musique. La perception de la réalité aussi : la poésie est la forme d’art la plus absolue. Elle permet de percevoir la réalité et le monde différemment. La musique s’approche de cela.

 

Quelles sont vos sources d’inspiration ?

Elles sont nombreuses, elles vont de Steve Coleman à Jacky Molard et Erik Marchand, en passant par John Coltrane, Hariprasad Chaurasia, Michel Veillon. Que dire de plus ? Oui, j’ai un peu la volonté de synthétiser tout ça… La musique traditionnelle aussi parce que je viens de là. Mais Charkha ne joue pas de musique traditionnelle. Il ne s’agit que des compositions ! Pourtant, effectivement on y retrouve cette énergie qui vient du trad. Tous les musiciens du groupe ont joué ou continuent de jouer en fest-noz. Ce rapport de la musique à la danse est présent dans Charkha : cette musique donne envie de bouger, voire de danser.

Quelle est votre formation musicale ?

Comme je l’ai dit, je viens de la musique traditionnelle bretonne et j’ai appris la musique d’oreille, j’ai reçu un enseignement oral. Je ne sais pas lire la musique mais je peux quand même composer à l’aide d’un logiciel sur ordinateur. J’ai fait la Kreiz-Breizh Akademi comme tous les membres de Charkha.

 

Comment le groupe est-il né ? C’est lié sans doute, non ?

On s’est rencontré là, en effet. Moi, j’avais déjà des compositions et des idées un peu personnelles que je voulais développer avec les autres membres du groupe.

 

Comment qualifieriez-vous votre musique ?

Comment dire… Comment la qualifier ? C’est dur, c’est très dur, je ne sais pas… C’est un peu une musique de transe : une musique qui cherche à la fois à perdre le public et à le faire réfléchir… Mais qui cherche aussi à lui faire abandonner un peu la raison pour que le corps prenne la suite.

 

Comment vous sentez-vous à l’approche d’un concert ?

Bien, en général, mais là c’est la première… alors, il y a quand même un peu de stress… Donc, pas si bien que ça en fin de compte.   J’ai peur aussi… Il faut passer la première et après ça va.

 

Propos recueillis par Renaud Quarck, Samuel Le Faucheur, Yaëlle Pochon, Sandrine Trenvouez et Kilian Tasset, le 21 janvier 2017 à Kergrist-Moëlou.
Photographies de Renaud Quarck, Samuel Le Faucheur, Yaëlle Pochon, Sandrine Trenvouez et Kilian Tasset.

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